mar 17

La jeunesse française manifeste depuis plusieurs mois son mal-être amplifié par la crise.
Inquiète pour son avenir, elle s’oppose aux réformes du lycée et de l’université.

Cécile Van de Velde, du Centre de recherche en économie et statistique (Crest), perçoit une inquiétude profonde, transversale, qui trouve ses racines à la fois dans un système scolaire et un marché de l’emploi « axé sur le diplôme et l’absence de droit à l’erreur ». Cette sociologue a comparé les parcours des jeunes dans de nombreux pays.

Tous les indicateurs, y compris le taux de suicide, montrent que le pessimisme est beaucoup plus fort chez les jeunes Français que chez les autres. Il y a cette idée qu’ils ne sont pas à leur place.

Selon un sondage réalisé par la Fondation pour l’innovation politique, seuls 26% des Français de 16 à 29 ans jugent leur avenir prometteur, contre 60% des Danois ou 54% des Américains du même âge.

La France brille par son absence de choix politique pour la jeunesse, contrairement aux pays du Nord de l’Europe qui privilégient l’autonomie des jeunes en les aidant financièrement, ou de ceux du Sud, qui s’appuient sur un socle familial fort et une entrée tardive dans la vie active.

Les jeunes Français, souvent dépendants des ressources familiales pendant leurs études, en difficulté pour obtenir un emploi stable, se retrouvent piégés car privés de minima sociaux, comme d’indemnités de chômage (souvent ils ne remplissent pas les critères d’allocation).

Tranche de population qui concentre le plus de chômage et de précarité, fin 2007, les jeunes français de 15-24 ans totalisaient 20,2% du taux de chômage, contre 8,5% pour l’ensemble de la population, selon l’Insee. En outre, 25,1% des 15-29 ans occupaient en 2007 un emploi précaire (intérim ou contrat à durée déterminée) pour une moyenne nationale de 10,5%.

Cependant depuis de longues années et quelle que soit la couleur des gouvernements, il existe toujours une forte opposition contre toutes les tentatives de changement dans l’Education nationale, à l’image du mouvement actuel contre la réforme du lycée ou des universités. Certains voient ainsi dans la contestation rampante depuis plusieurs mois le signe d’une rupture entre le gouvernement et la jeunesse.

La crise économique actuelle pourrait cependant compliquer la situation, redoute Cécile Van de Velde, qui y voit le terreau, comme en Italie ou en Grèce, d’un mouvement de jeunes qualifiés et précaires :

Il existe un sentiment de déclassement, une conscience de plus en plus forte d’être mal tombé. Même les étudiants ont cette idée qu’ils peuvent s’embourber, rater le coche. Cela peut générer une radicalité.

A l’appel des organisations étudiantes et lycéennes, les jeunes devraient à nouveau se joindre massivement au mouvement d’action sociale de jeudi 19 mars 2009. Un avant-goût de Mai 68 ?

Comments are closed.

preload preload preload